Les parties-prenantes sont des gens !

Bruno SCARAMUZZINO

On fait du corporate. On ne sait faire que ça. On n’aime que ça. Notre job c’est de parler aux parties prenantes. Pour le compte de l’entreprise, du patron, du ministre, du projet, du candidat, d’un territoire, d’une cause… Oui mais bon « attention les yeux » rappelons-nous… les parties-prenantes sont des gens ! Pas un mapping. Des gens ! Et oui. Et les gens, ils achètent quoi ? De l’émotion, du « love » d’autant plus qu’on cherche à leur vendre de l’adhésion ou à minima de la bienveillance. Les pubeurs l’avaient jadis d’ailleurs bien compris. Et finalement il y a peu de raison – au contraire – que le corporate n’ose pas l’émotion. L’émotion vs l’expertise.

Les experts sont partout. Ils assèchent tout. Refroidissent tout. Glacent les énergies de leurs « facts & figures » dépourvus d’âme et de cœur. Les experts nous invitent à regarder passer datas et tableaux de bords, affichent leurs KPI sur nos tables de nuits. Et ne comprennent pas pourquoi on se rendort aussi sec. Alors ils repartent pour un tour. Ils affinent. Ils précisent. Mais regardons-y rapidement de plus près et commençons par nos leaders. Enfin si l’on peut dire ainsi. Nos hommes politiques ? Dès qu’ils osent timidement l’émotion, se laissent aller à nous considérer vaguement comme des hommes et semblent vouloir nouer avec nous une relation adossée à un point de vue et nourrie de sentiments traduisant un soupçon de bienveillance et d’écoute, ils sont aussitôt rattrapés par la patrouille des experts qui les entourent. Ceux là même qui n’écoutent pas, qui mesurent. Et c’est pourquoi nos politiciens s’écharpent misérablement à coup de chiffre aux heures de grande écoute devant un peuple grandissant d’abstentionnistes ou d’électeurs du FN dont la présidente est, hélas (point de vue de l’auteur), la seule à s’inscrire de manière déterminée dans l’émotion comme le firent en leur temps un De Gaulle ou un Mitterrand. Nos derniers grands leaders. Comment pourrait-il autrement ? Pour aimer l’autre, ou même savoir faire semblant, encore faut-il l’avoir rencontré. On ne rencontre personne à l’arrière des voitures de fonction où sont nés la plupart de nos élites.

Et puisque nous en sommes là que dire des patrons ? Sensiblement la même chose. Comment impulser et porter des transformations qui effraient, sans pouvoir, sans savoir, sentir et palper cette peur. Une peur lue à l’aune unique de la data. Plus ils connaissent, moins ils savent. Moins ils savent moins ils parlent, moins ils osent, moins ils proposent. Les experts gèrent. Ils n’inventent pas. On est mal barré. Les « Big Four » ont remplacé Léonard de Vinci et on risque d’attendre longtemps la nouvelle Joconde.

Et que dire enfin de ces grandes campagnes de publicité « corporate » que vous avez tous en tête (on va rester correct), démonstration visuelle glacée d’expertises pointues (vous apprécierez le détail des armes dernières génération de la campagne armée de terre et la scéno « vidéo game ») sur fond de signature réputée aspirationnelle (rappelez-vous l’abscons « Prêts pour la révolution de la ressource » pour Suez environnement…) à croire que ces gens là ne rêvent pas avec les mêmes mots que vous et moi. Oui vraiment il est temps que l’entreprise, après les marques, considère enfin ses parties–prenantes comme des gens, et leurs parlent comme à des gens. En les regardant dans les yeux. Le chemin le plus rapide pour atteindre le cœur.